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Anticosti du 2 au 9 juillet 2005 (Texte et photos de Huguette Benoît.)
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Depuis de nombreuses années, je nourrissais le rêve d’aller à Anticosti. Cette année, j’ai décidé de profiter du voyage offert par la SBM pour concrétiser mon rêve. Notre groupe se compose de neuf personnes accompagnées par un chef d’expédition. Un guide nous attend tout sourire à l’aéroport de Port-Menier avec un véhicule neuf ayant l’air climatisé. Nous avons à peine le temps de circuler que je m’écris : « Des cerfs! » Nos premiers mais non nos derniers. Je ne rêve plus, je suis bien à Anticosti.

Jour 1 Après le dîner à l’Auberge de Port-Menier, nous nous rendons à Baie Sainte-Claire. Nous y voyons quelques bâtiments en ruine, des rails en ciment ayant servi pour une porcherie, un four à chaux qui servait à faire du mortier ou à blanchir les murs des maisons et des pierres tombales ici et là. On y visite aussi la reconstitution extérieure du château Menier brûlé volontairement en 1953 par la Consolidated Paper qui craignait qu’un incendie involontaire puisqu’il était inhabité ne brûle la forêt. Sur la grève, on étudie différentes algues : agar criblée, laminaire à longue stipe, fucus vésiculeux. À tout moment, sous nos yeux, surgissent des cerfs de Virginie, renards roux ou argentés. On y voit peu de feuillus. La forêt est dominée par les épinettes noires ou blanches et à l’occasion de sapins si trapus qu’ils ressemblent à des bonsaïs. On visite par la suite un exclos dans lequel on peut y apercevoir des feuillus et des espèces arbustives contrairement à ailleurs dans l’île où ils se font rare à cause de la densité des cerfs qui fait problème. Sur l’île, il y a aussi des exclos de différentes grandeurs à densité contrôlée i.e. on cherche à savoir combien de cerfs pourraient vivre dans un espace donné sans détruire toutes les jeunes pousses de sapins. Puis nous nous dirigeons à la Pointe de l’Est pour voir les vestiges d’un vieux phare. Finalement, nous arrivons au Pavillon Mc Donald notre lieu de résidence pour la semaine face à la mer. Les départs pour les prochains jours se feront à 9h et le soir à cause de nos retours tardifs, nous souperons vers 19h30.
Jour 2 Sac au dos, bottes de randonnée, enduits de crème solaire et de chasse-moustiques, le coeur joyeux, nous voilà prêts à rouler sur ces routes de gravier et à marcher dans ces sentiers rocailleux. La chaleur de la ville nous a rattrapés et ne nous quittera plus. C’est le départ pour visiter la rivière Jupiter. En route, le guide nous raconte plein d’histoires d’horreur qui se sont déroulées sur l’île suite à de nombreux naufrages. Nous arrêtons à Jupiter 24. Avec des lunettes polarisantes, nous tentons d’y voir les saumons de l’Atlantique qui sont dans cette fosse tandis que deux pêcheurs lancent leur ligne dans l’espoir d’en attraper. Dîner à Jupiter 30 où nous voyons des monolithes. Puis nous arrivons à Jupiter-la-Mer. L’eau est de couleur émeraude. Pendant que nous marchons sur la grève, j’aperçois des eiders à duvet, plongeons huards, des phoques communs et des phoques gris, naturellement des cerfs et des bernaches du Canada dans un autre plan d’eau. En soirée, nous allons au Refuge du Phare de Carleton qui est un centre d’interprétation du milieu marin afin de voir un vidéo sur Anticosti.
Jour 3 Après être arrêtés à plusieurs points d’observation en chemin, nous visitons la grotte Patate (625 mètres de profondeur). Pour s’y rendre, nous devons en marchant effectuer des montées dont la première est de 300m et descentes assez raides sur un sol rocailleux et faire deux traverses de ruisseau à gué. Après 40 min de marche, nous voici à l’entrée de la grotte, on met nos casques protecteurs et allumons nos lampes. Sécurité oblige! Au début, nous marchons debout puis nous faisons une certaine distance pliés en deux. Arrivés dans une grande salle, nous y étudions les formations et fossiles. Nous éteignons nos lampes pour faire l’expérience du noir total dans le silence. Impressionnant! Nous choisissons de ne pas nous rendre au fond de celle-ci donc retour à la vanette. Arrêt en route à Jupiter 24. Il y a un bâtiment troué. Ce sont des pics qui ont fait cela en suivant la charpente : de belles lignes droites horizontales autour. Vraiment spécial!
Dîner à Carleton au Centre d’interprétation. En après-midi, arrêt à la Baie de la Tour. Superbe! Il y a une énorme muraille qui nous encercle avec la Pointe Easton à gauche et la Pointe de la Tour à droite. Je suis fascinée par le bruit des vagues qui en déplaçant les galets me rappellent la musique des bâtons de pluie et cette eau turquoise que je ne me lasse pas de regarder. Puis nous repartons pour aller cette fois dans une tourbière. Cela n’est pas fréquent que l’on puisse vivre cette expérience de marcher dans ce sol spongieux. Habituellement, ils y construisent des trottoirs de bois pour la circulation. On a pu voir les plantes insectivores suivantes : sarracénie pourpre, drosera ( rossolis) à feuille ronde et drosera à feuille intermédiaire. S’y trouvaient des linaigrettes blanches, Ronce petit-mûrier que l’on appelle plaquebière (ou chicouté) et kalmias à feuilles étroites. Ont été vus une grenouille léopard ainsi que deux grands chevaliers à pattes jaunes.
Sur la route du retour, nous faisons les observations habituelles des animaux et oiseaux qui traversent. Mais soudainement passe un renard roux avec dans sa gueule, une bête. Notre guide ralentit et s’arrête, la proie est un lièvre. Oh surprise! au lieu de fuir, le renard dépose sa proie, se couche sur le dos, s’étire, descend la pente et nous observe la langue sortie. Le monde à l’envers quoi! C’est l’extase pour nous. Puis, le renard reprend sa proie et entre dans la forêt. Quel spectacle juste pour nous!
Jour 4 Départ pour le Canyon du Brick. Le guide nous renseigne sur les fossiles : brachiopode, gastéropode, céphalopode, crinoïde, trilobite. Ensuite, nous partons à la recherche de roches pour tenter d’en trouver de chaque catégorie. Puis, nous repartons vers la Pointe-Sud-Ouest. Quel périple! Tout un brasse-camarade. Chemins étroits et sinueux pleins de bosses ou de creux qui ne laissaient pas place à la rencontre d’un autre véhicule. Nous dînons près d’un phare encore debout datant de 1831. De là, nous partons en randonnée pédestre . J’aperçois entre autres: eiders à duvet, guillemots à miroir avec leur pattes fluo, phoques, cormorans et les superbes arlequins plongeurs ( une première pour moi). La pluie se met à tomber (l’unique fois) alors qu’on arrive au bout du sentier donc cela ne nous dérange pas trop. Nous prenons quand même le temps d’examiner un vieux cimetière. Il y a une grande échouerie où plein de phoques que les gens de la place appellent des loups marins se prélassent. En revenant par ce chemin cahoteux, nous contemplons un pygargue à tête blanche au-dessus de son nid. En quittant cet endroit, nous passons dans un site d’aménagement faunique pour voir la régénération de la végétation suite aux coupes forestières. Sur le chemin du retour, s’offrent à nous: un renardeau argenté, des lièvres, des tétras du Canada et des gélinottes, pics flamboyants, merles, corbeaux, bruants. Nous faisons le décompte des cerfs de Virginie aperçus dans un délai de 4h : 75 cerfs
Jour 5 Nous débutons la journée en allant visiter l’épave du Wilcox : épave d’un ancien dragueur de mines échoué le 27 juin 1954. Puis, nous marchons pendant deux heures dans le Canyon de la Vauréal. Les murs du canyon sont gigantesques. Je me sens toute petite devant ces murs qui mesurent jusqu’à 90 mètres de haut.

La récompense est au bout : la Chute Vauréal (76 mètres de haut). Nous dînons à ses pieds. Et que dire du bleu de ce ciel! Avec la vanette, nous nous dirigeons au Pavillon Vauréal où deux belvédères nous permettent de regarder la chute vue d’en haut. Je suis intriguée que si peu d'eau au départ peut donner une telle puissance à cette chute.

Jour 6 Après être passés dans un jeune exclos, nous allons observer à partir d’un point de vue panoramique le Grand Lac-Salé situé dans une réserve écologique. Dîner à Galiote-la-Mer. Puis randonnée pédestre de deux heures jusqu’à Chicotte-la-mer. Le long du sentier, des arbres morts usés par la mer et le vent du large retiennent mon attention. De vraies oeuvres d’art! Au loin, il y a une échouerie où des phoques se dorent au soleil. Rendue à Chicote-la-Mer, je prends mon courage à deux mains et marche un 500 mètres supplémentaires malgré la fatigue pour me rendre au bout du Petit Canyon. Quel beau paysage! De nombreux bassins forment des piscines naturelles et cette eau turquoise! Je m’offre une petite trempette d’une dizaine de minutes. Que l’eau est bonne! Je sens l’énergie me revenir.

En soirée, nous avons une mini-conférence bien intéressante à Carleton sur les stratifications et fossiles par un géologue. Au retour sur la route, j’ai vu un renard roux à trois couleurs avec un de ses petits qui était argenté. Que celui-ci était mignon! Je considère cela comme des cadeaux qui me sont offerts.
Jour7 Journée libre. Avec trois autres personnes du groupe et un guide à nos frais, nous partons. Après deux heures de route, nous débutons une randonnée pédestre en direction du Petit-Lac-Salé dans l’espoir d’y voir des limicoles. Pas de chance, ils ne sont pas au rendez-vous cette journée-là. Par contre, j’ai pu voir entre autres une grenouille septentrionale, un pygargue à tête blanche immature perché au haut d’un arbre, divers bruants. Retour au véhicule pour aller se baigner dans le Petit Canyon Chicotte-la-Mer. Les mouches à chevreuil y étaient très actives et très voraces. Somme toute, elles doivent aimer la fraîcheur de l’endroit. Surprise, un saumon passe près de moi! Nous avons compté sur la route autour de 50 cerfs, un bébé lièvre, des renards argentés et de nombreux oiseaux qui la traversent. Retour au bercail pour notre dernier souper auquel notre guide se joint à nous. Comme à chaque repas , le chef vient nous demander nos commentaires. On n’a que des éloges à lui faire. Ses repas furent à chaque fois un pur délice et la jeune serveuse très gentille, affable et souriante.
Jour 8 Jour du départ. Après avoir embarqué nos valises, nous prenons la direction de Port-Menier. Nous y visitons l’église et l’écono-musée. Nous terminons le tout par un dernier pique-nique au quai un des plus long au Canada.
Durant la semaine, plusieurs plantes furent observées dont : bermudienne, iris versicolore, cornouiller du Canada (quatre-temps), vesce jargeau, campanule à feuilles rondes, dryade de Drummond, linnée boréale, grassette vulgaire, gesse maritime, mertensie maritime, potentille ensérine, petite orchidée, renoncule bouton d’or, pyrole à feuilles rondes.. Je ne les ai pas toutes énumérées dans ce résumé faute d’espace. Il en sera de même pour les oiseaux outre ceux déjà mentionnés : roitelet à couronne rubis, chardonneret jaune, fou de Bassan, goéland, mouette et sterne. Certains plus chanceux ont vu deux petits rorquals.
Ce qui me restera en mémoire c’est surtout cette nature sauvage en liberté. Ce seront ces cerfs qui sur la route nous regardent arriver avec l’air de nous dire : « Essayez de m’attraper pour voir et qui soudainement font demi-tour la queue sur le dos et s’enfoncent dans la forêt. Comme le dessous est blanc, quand ils la remontent sur leur dos c’est la dernière chose que l’on voit d’eux pendant qu’ils disparaissent dans la forêt. Ce sera aussi la couleur de l’eau, l’immensité de l’île, les routes en gravier, tous ces galets sous nos pieds et tous ces animaux qui surgissent à notre vue à l’improviste.
Je reviens avec plein d’images en tête. Sur la route du retour à la maison, je me surprends à chercher les cerfs de Virginie sur les côtés. Je crois qu’on ne peut savoir ce qu’est Anticosti que si on y a mis les pieds comme on l’a fait. Et quand la nostalgie me prendra, j’aurai mes quelques 130 photos pour m’y replonger.
Huguette Benoît
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