
Le caribou est une espèce à grands domaines vitaux (variant de centaines à des milliers de km2). Il a besoin de grands massifs forestiers matures. Il a été désigné comme une espèce menacé en vertu de la loi sur les espèces en péril à l’échelle du Canada en 2002 et a obtenu en 2005 le statut d’espèce vulnérable selon la loi sur les espèces menacées ou vulnérables au Québec. Bien que le Québec se soit doté d’une loi sur les espèces menacées, il ne protège toujours pas l’habitat du caribou forestier.

Les caribous qui vivent toute l’année dans la forêt boréale sont appelés caribous forestiers. Au Québec, on les retrouve principalement sur la Côte-Nord, au Saguenay et à la Baie James. La Société de la faune et des parcs du Québec vient de terminer un projet de recherche qui vise à faire le point sur la situation du caribou forestier au Québec. Il n’y a qu’une seule espèce de caribou, mais plusieurs sous-espèces ont été identifiées. La sous-espèce présente au Québec est appelée « caribou des bois ». Cependant, on retrouve le caribou dans des conditions écologiques très différentes si bien qu’on peut le classifier en écotypes selon l’habitat qu’il fréquente. Il y a trois écotypes au Québec : le montagnard (en Gaspésie), le toundrique (au nord du Québec) et le forestier (centre du Québec). Les effectifs précis ne sont pas connus, mais des inventaires sectoriels confirment l’état précaire des hardes. La prédation, la chasse et l’impact des modifications d’habitat expliqueraient son déclin.

Le morcellement de l’habitat engendré par les activités humaines, particulièrement la coupe forestière, augmente l’accès au territoire, concentre le caribou dans les habitats résiduels et favorise l’établissement des proies alternatives, dont l’orignal, entraînant de la sorte une augmentation des prédateurs et une intensification de la prédation et de la chasse. Les impacts de la chasse et de la prédation peuvent être diminués par une gestion adéquate du caribou, de l’orignal et du loup. L’impact des coupes peut être amoindri par la création d’aires protégées et par l’adoption de pratiques sylvicoles visant à préserver la répartition, la composition et la structure de la forêt d’origine, des conditions qui favoriseraient les mouvements des caribous et le maintien des échanges entre les hardes.
Le caribou fait partie de la famille des cervidés. Il se distingue des autres cervidés par le fait que les deux sexes portent des bois; il arrive toutefois que certaines femelles n’en aient qu’un, ou pas du tout. Les bois poussent si rapidement qu’un mâle adulte peut avoir des bosses veloutées sur la tête en mars et une ramure de plus d’un mètre de long en août. En février, tous les caribous ont perdu leurs bois. Le pelage du caribou est surtout brun en été (plus gris en hiver), mais le cou, la crinière, la bande du bas des épaules, le ventre, le dessous de la queue ainsi qu’une touffe au dessus de chacun des sabots sont blanc crème. Le caribou atteint de 1 mètre à 1,2 mètre de haut à l’épaule et les individus matures pèsent de 110 kg à 210 kg. Le poids moyen des mâles est de 180 kg; celui des femelles est de 135 kg.
En hiver, le caribou des bois fréquente des peuplements mûrs et de vieilles forêts de conifères où se trouvent de grandes quantités de lichens terrestres et arboricoles (qui croissent sur les arbres). Ces forêts sont en général associées à des marais, à des tourbières, à des lacs et à des rivières. En été, il se nourrit de temps à autre dans les peuplements jeunes, après un incendie ou l’abattage des arbres. Il est bien adapté à son milieu. Il a un corps compact, de petites oreilles et une queue courte, et même son museau est recouvert de poils courts qui le protègent de la neige et de l’air froid. Le pelage est constitué d’une fine bourre crêpée recouverte d’une couche épaisse de jarres (poils raides). Les jarres sont creux comme des pailles, et l’air qu’ils emprisonnent sert d’isolant qui permet au caribou de conserver sa chaleur corporelle. Il est un excellent nageur, et ces poils creux l’aident aussi à flotter dans l’eau. Il a de larges pieds à quatre doigts. Outre deux petits doigts, appelés « ergots », il est pourvu de deux doigts larges en forme de croissant qui supportent la plus grande partie de son poids et lui servent de pelle lorsqu’il creuse la neige pour trouver de la nourriture.
Ces gros sabots concaves assurent sa stabilité sur les sols humides et détrempés et sur la neige croûtée. Les coussinets des sabots, épais et charnus en été, deviennent durs et minces pendant les mois d’hiver, ce qui réduit l’exposition de l’animal au froid. Les longs poils entre les « doigts » lui offrent une protection hivernale supplémentaire : ils recouvrent les coussinets, si bien que le caribou ne marche que sur le rebord corné des sabots.
La période du rut, c’est-à-dire de l’accouplement, a généralement lieu à la fin de septembre et pendant la première moitié d’octobre. Les femelles peuvent commencer à se reproduire dès qu’elles ont 16 mois; la plupart s’accouplent chaque année à partir de 28 mois et donnent en général naissance à un seul petit le printemps suivant (de la mi mai à la mi juin). En théorie, les mâles peuvent se reproduire lorsqu’ils ont de 18 à 20 mois, mais la plupart n’ont probablement pas l’occasion de le faire avant d’avoir trois ou quatre ans. Pendant le rut, les mâles se livrent avec leurs bois à des combats fréquents et acharnés. Le taux de survie des petits atteint en moyenne de 30 à 50 p. 100, mais peut varier entre presque rien et 100 p. 100. La survie des petits est déterminée par de nombreux facteurs, y compris la quantité d’aliments et leur qualité (pour les femelles en gestation et pendant la première année de leur vie), le nombre de prédateurs et la température. Le taux de survie pouvant être très élevé, une population peut augmenter rapidement lorsque les conditions sont favorables.
Le caribou est un animal qui broute ce qu’il trouve. Il se nourrit surtout le matin et à la fin de la soirée, et se repose au milieu du jour et de la nuit. Il s’agit du seul gros mammifère dont les lichens peuvent constituer le principal aliment. Dans son estomac se trouvent des bactéries et des protozoaires spécialisés qui digèrent avec efficacité les lichens, et lui permettent de tirer profit de cette riche source d’aliments pendant l’hiver, moment où les autres aliments sont rares. Son sens de l’odorat est par ailleurs excellent et l’aide à trouver les lichens sous la neige.
Un plan de rétablissement a été rédigé. Il prévoit la mise en place d’aires de plusieurs milliers de kilomètres. Nature Québec a identifié 40 secteurs d’intérêt de plus de 300 km2. Il demande la création de 5 aires protégées de 5000 km2 : le Lac Evans, la Vallée des Montagnes-blanches, la Haute-Côte-Nord, la Moisie-Sainte-Marguerite et la Basse-Côte-Nord. Plusieurs personnes consultées à titre d’experts ont aidé au développement de la méthodologie. Notons que Gaétane Boisseau (responsable de la conservation, Fonds mondial pour la Nature Canada) et membre de la SBM depuis plusieurs années en faisait partie.
Annie Tellier
Références :
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