Voyage à Cuba
du 31 janvier au 14 février 2009
(Texte et photos de Huguette Benoît)

Le 31 janvier 2009, je m’envole vers Cuba pour un voyage d’éco-tourisme organisé par la SBM,  i-e qu’il comporte les volets faune, flore, historique et mode de vie des paysans. Nous sommes un groupe de 12 plus une accompagnatrice et un guide cubain de tourisme. Au cours de notre périple, des guides naturalistes locaux se joindront à nous pour aiguillonner nos observations.  En prenant l’avion, je dis bye à l’hiver et au froid. Quel choc! Il y a eu un froid jamais vu depuis 30 ans. Le mercure est descendu jusqu’à 5C. Comme il n’y pas de chauffage ni vitres dans nos villas, je finis par sortir les vêtements qui me tenaient au chaud au départ de TR (cache-cou, veste, chaussons) pour dormir avec, car l’humidité empire la sensation de froid. Le jour, mon polar m’a manqué.  Itinéraire: la province de Pinar del Rio, la Péninsule de Zapata, la Sierra del Escambray, les villes coloniales de Cienfuegos et Trinidad, Cayo Coco ainsi que la Vieille Havane.

Nous débutons dans la région de Pinar del Rio. Comme je suis allée dans cette région en avril dernier  lors d’un voyage ornithologique, je suis à même de constater les dégâts causés par le passage des ouragans Gustave et Ike tant au niveau du paysage qu’au niveau des habitations. Les Cubains lors de la reconstruction de leur maison suite à ce désastre reçoivent  l’aide du Vénézuéla en ce qui concerne les toitures. On leur fournit des toits en tôle. J’ai plaisir à revoir mes oiseaux de l’an passé mais j’en découvre des nouveaux tels la Paruline hochequeue, le Tangara vermillon, le Guit-guit saï, le Solitaire de Cuba, le Sporophile negrito...

À Soroa, ville située dans la Sierra del Rosario, première réserve de la biosphère approuvée par l’Unesco à Cuba en 1984, nous visitons l’Orquideario de Soroa.  On y retrouve la flore de divers pays. Dans ce jardin d’orchidées, j’apprends que l’ancêtre de nos conifères est le palmier-liège ou palmier de corcho. Dans une des serres d’orchidées, j’ai pu en voir une de taille minuscule. Nous voilà surexcités à la vue du Merle vantard, Émeraude de Riccord ou Moqueur polyglotte.

Merle vantard
Merle vantard
Mariposa
Mariposa

À Las Terrazas, la vue de gros immeubles en béton nous rappelle la présence soviétique à une certaine époque. Lors de la randonnée dans son centre écologique, je découvre la mariposa fleur-emblème de Cuba. Nous  visitons aussi les ruines d’une ancienne plantation de café, la Cafetal Buenavista implantée en 1802 par des français venus d’Haïti amenant leurs esclaves restés fidèles avec eux.

Dans le parque Nacional La Guira, j’observe plus de fleurs que d’oiseaux. Le tulipier du Gabon en fleurs est superbe. Nous visitons la Cueva de Los Portalos. Cette grotte traversée par une rivière souterraine a servi à Che Guevara qui s’y retrancha pendant 45 jours. Il y avait établi son quartier général durant la guerre des Missiles en octobre 1962. On peut y voir son lit, son téléphone rouge...

Dans les sentiers de la vieille ferme Cortina ravagée par un incendie, un homme arrive près de la rivière avec son jeune fils pour remplir d’eau au moyen d’un seau un réservoir tiré par deux vaches et qui abreuvera son bétail. Comme de multiples fois dans ce voyage, je me sens plongée dans un autre monde.

Sur les routes, le problème de transport demeure. Il y toujours des gens en attente que quelqu’un arrête et les prenne. Cuba reçoit de l’aide de la Chine depuis deux ans pour le transport. Les vieilles autos américaines de 1940 et 1950 roulent toujours. Y défilent des plantations de riz, cannes à sucre ou bananiers. Maintenant, je sais reconnaître les écoles car il y a un drapeau de Cuba sur le terrain ainsi qu’un monument. Elles portent toujours le nom d’un personnage important pour Cuba. L’ex-prof en moi n’a pu résister à l’envie de photographier des élèves.

Ramassage d'eau
Ramassage d'eau

De nombreuses fois, lors des repas, une tête de chien aux grands yeux piteux se pose sur ma cuisse espérant que je partage ma pitance avec lui ou encore un chat qui me donne des petits coups de pattes accompagnés d’un miaulement discret pour me rappeler sa présence. Il va sans dire qu’à de nombreux repas, des musiciens se présentent et nous font connaître la musique cubaine.

Nous visitons une distillerie la Guayabita del Pinar fondée en 1892 où la boisson du même nom se prépare encore à la main, selon une recette vieille et traditionnelle tout à fait spéciale: alcool sucré à base de goyaves et d’épices imbibées de rhum soumis à la fermentation. D’ailleurs, ce petit fruit se retrouve dans chaque bouteille de rhum.

Autre visite: fabrique de cigares faits à la main: Fabrica de Tabaco Francisco Donatien. Elle existe depuis 1961. Ce ne sont que des femmes qui y travaillent. Je suis très impressionnée de les voir à l’oeuvre. En plus de leur salaire, elles reçoivent en prime deux cigares par jour qu’elles n’ont pas le droit de vendre. Selon les feuilles de tabac reçues, elles reçoivent des cigares de qualités différentes.

Lors d’un arrêt pour dîner sur la  rue principale de Vinales, quelle désolation! Elle était bordée d’arbres des deux côtés avant les deux derniers ouragans, maintenant elle est nue mis à part les maisons anciennes qui lui donnent son cachet. J’y vois tous les troncs des palmiers cassés coupés au ras du sol.

Autre station: nous allons chez un paysan qui cultive le tabac, des ananas et de la canne à sucre. Dans le séchoir à tabac, on nous explique toutes les étapes à partir de la mise en terre du plant jusqu’au cigare fait. C’est incroyable tout ce qui entre dans la composition d’un cigare! Cela explique le prix. Puis une jeune femme en deux temps trois mouvements fait un cigare sous nos yeux. Quel délice que ces ananas frais servis à la fin de la visite!

J’ai l’occasion de voir les mogotes (montagnes calcaires) de cette région. Justement sur la paroi d’un mogote, la Mural de la Préhistoria  m’a impressionnée. Elle est constituée d’énormes peintures  sur son flanc représentant l’évolution : mollusques, dinausarius, communauté primitive. Cette fresque gigantesque mesure 180m de haut par 120m de long. C’est fait à la main. Quand on la regarde de près, c’est en fait constitué de lignes de couleurs qui se fondent quand on s’en éloigne.

Dans le sentier de la Finca San Vicente, un palmier au sol m’a permis de voir l’intérieur. Je fus très surprise de constater qu’il était constitué de fibres. J’ai vu aussi des goyaviers, orangers, théiers, champ d’ananas, tulipiers, plants de taro et des oiseaux. Lors d’une halte,  j’ai observé comment un cubain en train de construire une maison disposait les feuilles de palmier pour faire son toit.

Nous arrêtons au Jardin botanique de la Havane qui possède des plantes du monde entier. Nous observons partiellement en autobus la forêt préhistorique (on y retrouve de nouveau ce végétal fossile le palmier-liège) et la palmeraie. Après avoir marché dans le jardin japonais, on se régale autour d’un buffet végétarien qui nous change du poulet, poisson et porc habituel.

Paruline de Fernandina
Paruline de Fernandina

Dans la Reserva de Biosphera de la Ciénaga de Zapata, nous visitons un centre d’interprétation et faisons une excursion en bateau sur la rivière Hatiguanico bordée de palétuviers où j’ai pu voir le Troglodyte de Zapata, seul endroit pour l’observer. Se présentent à nous: poissons-chats, tortues, Grand Héron, Aigrette bleue, Balbuzard pêcheur... et quand nous débarquons une Crécerelle d’Amérique forme blanche. Puis nous visitons un centre de reproduction des Psittacidés. Leur but: augmenter le nombre de Conures et Amazones de Cuba (sorte de perroquets) leur nombre étant à la baisse à cause de la chasse même si c’est interdit. Il y en a même qui en ont en cage dans leur maison.

Notre passage dans la Baie-des-Cochons dans la région de Las Berjemas et Sopillar fut riche en observation d’espèces endémiques: Colombe à tête bleue, Chevêchette de Cuba, Pic de Fernandina, Petit-duc de Cuba, Taco de Cuba. Par contre, notre sortie nocturne pour voir le Hibou-maître-bois fut nulle à cause de la pleine lune, semble-t-il.

Les arrêts à Las Salinas de Brito permettent d’observer de nombreux  échassiers: Aigrette bleue, Aigrette tricolore, Aigrette roussâtre, Grande Aigrette, Aigrette neigeuse, Grand Héron, Échasse d’Amérique, Flamant des Caraïbes, Spatule rosée... ainsi que des limicoles.  Que de beautés!

Nous visitons à pied le centre historique de Cienfuegos, ville coloniale fondée en 1819 et qui est bien préservée. Nous nous attardons devant la façade du Teatro Tomas Terry, du Colegio de San Lorenzo, de la catedral de la Purisma Conception. Au centre du parque Marti trône le monument de José Marti.

Nous faisons de même pour le centre historique de Trinidad dont les rues sont en galets. On admire son architecture qui nous rappelle l’époque coloniale espagnole, ses maisons aux couleurs pastel avec leurs très grandes fenêtres et leurs grillages en bois. Je suis entrée dans une épicerie de l’état. Sur le mur, se trouve un  tableau noir où sont écrits à la craie les produits auxquels les cubains ont droit dans la période donnée. Il y est inscrit le nom du produit, le prix, la quantité permise par individu, les dates début et fin où les produits sont disponibles. Ils doivent présenter des coupons d’échange, la nourriture étant rationnée. Je fais un arrêt sur la rue où les dentellières ou artisans vendent leurs oeuvres. Je succombe.

Nous quittons le confort de notre autobus pour trois jours dans des camions russes, de vrais brasse-camarades à cause de l’état des routes où nous circulerons dans la Sierra del Escambray. Les sentiers à pied sont assez difficiles car accidentés. Tout en admirant le paysage, de belles observations se font au niveau de la faune tel le Hutia de Cuba (le plus gros rongeur), Émeraude de Riccord, Oriole à capuchon, Zéna à tête rayée, Moucherolle tête-fou, Engoulevent peut-on-voir, Merle vantard, Trogon de Cuba (oiseau emblème du pays), Pic à sourcils noirs; la flore: fougères arborescentes qui peuvent mesurer jusqu’à 20m de haut, arbres divers (kapokier, palmiste bouteille, gommier rouge, oranger, caféier, goyavier, pamplemoussier), les plantes épiphytes, broméliacées, agaves, papyrus, orchidées, hibiscus, azalées et j’en passe.

Pic à sourcils noirs
Pic à sourcils noirs
Trogon de Cuba
Trogon de Cuba

À Cayo Coco, j’ai vu le superbe Todier de Cuba. Lors d’une promenade sur la plage, belle apparition: un Grand Héron blanc. La forme blanche est extrêmement rare aux Antilles.  Je me suis baignée dans cette belle mer turquoise  pour la première fois à Cuba. Deux heures, c’est court mais quel plaisir!

Le voyage s’est conclu par la visite historique de la Vieille Havane qui avec ses constructions aux styles architecturaux diversifiés et la riche collection coloniale de son Musée nous donne accès à son passé.  Nous visitons la pharmacie Taquechel.  Elle possède une collection de bocaux en porcelaine sur des rayonnages en bois précieux. Dans une autre section, il y avait un musée montrant tout ce qui avait pu servir au 18e siècle par exemple des instruments de mesure ancienne. Le matin de notre départ, je profite du temps libre restant pour aller voir: la maison des Cariatides le long du Malecon, des monuments: poète et martyr Juan Clemente Zenea, le général Francisco de Miranda, José Marti, l’ingénieur Don Francisco d’Albear, les lions bordant l’allée centrale du Paseo avec le Capitole au fond, la façade du Grand Théâtre. Je prends aussi des scènes de la vie quotidienne: un vélo transformé en voiture qui transporte un chargement de petits pains, des vendeuses de fleurs artisanales pour la Saint-Valentin, des autobus pour touristes à deux étages, des autobus reliées en accordéon, des coco-taxis, bici-taxis.

À mon habitude, j’ai  pris une tonne de photos, acheté quelques souvenirs et rédigé à mon retour un journal d’une trentaine de pages sur ce voyage. Viva Cuba!

Huguette Benoît




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