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VOYAGE AU PAYS DE GEORGES LONESOME Mars 2005 Texte de Annie Tellier
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Nous sommes en mars. Pour les chanceux, c’est le temps des vacances et j’en fais partie. Destination : l’Équateur, le plus petit pays à l’échelle sud américaine. Il y a beaucoup à voir et j’ai deux semaines pour le faire. J’opte pour les Îles Galapagos, le Parc national de Cuyabeno et celui de Cotopaxi.
L’aventure débute à Puerto Ayora sur le bateau Angélique, un ancien bateau de pêche. J’y loge durant une semaine avec quinze passagers et huit membres de l’équipage. Nous visitons les îles Baltra, Santa Cruz, Floreana, Espanola, Santa Fe, Plazas, Seymour, Genevosa, Bartolomé et l’île Sullivan. Deux sites par jour sont visités. Une période pour la baignade et pour la plongée sont au programme quotidiennement. Le site le plus extraordinaire pour la plongée est sans aucun doute le Devil’s Crown. Situé près d’un vieux cône volcanique érodé et tout près de l’île Floreana, il est prudent d’être expérimenté pour qui veut s’y aventurer, ne serait-ce qu’un minimum, en raison des vagues assez fortes et de l’inexistence de point d’ancrage.
La plupart du temps, les animaux se tiennent très près de nous. C’est fantastique! Il faut cependant s’assurer de ne pas les toucher, surtout de ne pas les écraser. Toutefois, les tortues géantes terrestres sont plus farouches. D’ailleurs, elles se tiennent davantage à distance. En général, nos visites sont limitées dans le temps; les groupes de touristes se succédant les uns après les autres. Les iguanes marins sont fascinants et charmants. Plusieurs occasions nous sont données d’observer des tortues marines vertes et même de jouer à la cachette avec elles. Heureux sont ceux qui excellent dans la plongée et qui ont un appareil photo aquatique. Se prélasser avec les lions de mer est une activité populaire et la présence des humains ne semble pas trop les préoccuper. Pour les ornithologues, l’île Genevosa est sans équivoque, le paradis des oiseaux. Leurs chants cacophoniques se confondent les uns aux autres. C’est le rendez-vous des fous, celui des fous masqués, celui des fous à pieds bleus et celui des fous à pieds rouges. Les grandes frégates se font aussi la cour et les nouveaux-nés des pélicans nous attendent déjà. Pendant deux soirées consécutives, nous avons droit à tout un spectacle! Une dizaine de pélicans et un lion de mer profitent de la lumière du bateau pour pêcher des poissons volants fluorescents. La compétition est forte et dure près de deux heures. À la fin de la croisière, avant de reprendre l’avion, nous avons droit à une brève visite à la Fondation Charles Darwin.

| Autres espèces observées : couleuvre des Galapagos, iguane terrestre, lézard des laves, serpent de mer, cormoran aptère, flamant rose, héron strié, hirondelle noire, grand héron, huîtrier d’Amérique, hibou des marais, manchot des Galapagos, moqueur des Galapagos, mouette des laves, mouette à queue fourchue, moucherolle vermillon, oursin, paruline jaune, phaéton à bec rouge, pluvier kildir, pluvier semipalmé, tourterelle des Galapagos et plusieurs espèces de pinson. |

Les îles font partie du patrimoine de l’humanité. Lors de mon passage à Quito, la pêche illégale des requins fait les manchettes. Et pourtant, cette pratique existe depuis longtemps. Les concombres de mer sont menacés tant ils sont pêchés. Depuis 2000, les stocks diminuent de 7 à 8 tonnes par année. Les pêcheurs locaux expédient leur marchandise vers le marché alimentaire asiatique qui raffole de ces produits. En juin dernier, le gouvernement équatorien a succombé à la pression des pêcheurs locaux en raison de facteurs socio-économiques en levant le moratoire sur la pêche. Un quota de trois millions par année a été accepté. Le « Inter-Institutional Management Authority (IMA) a interdit la pêche à la ligne dans la réserve marine des Galapagos à une profondeur inférieure de 60 mètres. À la demande du IMA, le Participatory Management Board (PMB) présentera un rapport final sur l’industrie de la pêche en décembre 2005.
Des scientifiques de la station de recherche Charles Darwin cumulent les données. Une étude de 2003 démontre que de 35 à 78% des prises sont accidentelles. Les requins et les tortues marines sont particulièrement touchés. Les déchets sont aussi présents sur les plages. À Genovesa, je dois retirer de l’eau quelques objets en plastique qu’un pélican essaie de manger.
Les touristes sont de plus en plus nombreux. Ils étaient 60 000 en 2000, ils seront environ 100 000 en 2005. Créé en 1999, le programme SICGAL (Inspection and Quarantine System for the Galápagos Islands) vise à freiner l’introduction de nouvelles espèces; interdisant également aux touristes d’en rapporter chez eux. Notre guide des Îles Galapagos nous a raconté l’histoire d’un touriste qui avait décidé de cacher un fou à pieds bleus dans sa valise. Je vous laisse deviner la suite. Les responsables sont passibles d’au moins 1000$ d’amende. En juin dernier, un groupe de recherche a violé plusieurs règles du Parc national des Galapagos en capturant illégalement sur l'île Isabela des crabes pour ensuite les manger. Il a, de plus, troublé des sites de nidification des Albatros des Galapagos et disséqué un lion de mer!!! Une enquête est en cours et une amende maximale sera appliquée sous The Forestry Law for the Conservation of Natural Areas and Wildlife, the Special Law for Galapagos et autres lois applicables. Le groupe de recherche ainsi que son responsable n’ont toutefois pas encore été identifiés.

Des espèces introduites et envahissantes comme les chèvres, les chiens, les chats, les porcs sauvages, les pigeons et les rats nuisent aux espèces endémiques des îles Isabela, Fernandina et Santiago. Les pigeons et les rats transportent des maladies. Les chats sont les prédateurs des iguanes marins.
Les chèvres détruisent la biodiversité. Elles détournent les sources d ‘alimentation des tortues et piétinent la végétation. Elles créent aussi de l’érosion. En 1997, on en dénombre entre 100 000 et 150 000 sur l’île Isabela. Les porcs mangent les oeufs de tortue. D’où l’apparition du projet Isabela en 1998 afin d’exterminer les espèces nuisibles; d’où la nécessité pour la Station de recherche Charles Darwin de fonder en 1965 le programme The Tortoise Rearing. La oeufs de tortue sont cueillis dans leur environnement naturel et à la station de recherche. Cette pratique assure la survie des tortues.

Une autre initiative concerne Georges Lonesome, une tortue mâle en provenance de l’île Pinta, et qui demeure à ce jour l’une des 11 espèces de tortues existantes. Cet unique mâle célibataire, d’où son nom on ne peut plus approprié, trouvé en 1971, est ramené à la station de recherche parce que l’île est envahie par les chèvres. Un programme d’accouplement voit alors le jour.

Plusieurs années plus tard, la tortue mâle est reconduite sur l’île Isabela. Elle est laissée dans un enclos afin qu’elle puisse se reproduire avec des femelles dont l’espèce se veut la plus similaire ou rapprochée possible de la sienne. On a bon espoir que ses gènes puissent au moins se transmettre à travers une autre. Jusqu’à présent, toutes les tentatives ont échoué. L’espoir demeure cependant toujours palpable et tous espèrent que Georges pourra se reproduire. En attendant, il demeure rassurant de savoir que cette tortue d’environ 80 ans vit en bonne santé à la station Charles Darwin et mange 500 grammes de papaye, 5 fois par jour. Une équipe travaille avec ardeur afin d’éliminer les chèvres toujours présentes sur l’île Pinta et elle espère pouvoir y retrouver bientôt des tortues femelles y vivant encore.

En 2004, les efforts multiples des scientifiques portent fruits. La population de la tortue Espanola passe de 15 individus à 1300. En 2004, l’île Santiago célèbre à son tour un moment heureux : les porcs et les dindes sont éliminés et les chèvres pratiquement. Longue vie aux tortues légendaires!
Le Parc national de Cuyabeno est la réserve la plus riche en faune et en flore en Équateur. Il se classe deuxième en superficie après Yasuni, totalisant 603 000 hectares de forêts protégées. Située dans la province de Sucumbios à l’est de Lago Agrio, cette aire est protégée depuis 1979. Elle héberge à elle seule 650 espèces d’oiseaux, 10 espèces de singes, 450 espèces de poissons et environ 200 espèces d’amphibiens.

Après 12 heures d’autobus et 2 heures de pirogue, j’arrive enfin au campement Janu. Pendant quatre jours, je partage ma cabane avec une suisse-allemande, un rat bambou d’amazone et une colombe qui niche au-dessus de mon lit. Nous sommes un groupe de huit personnes et les randonnées dans la forêt primaire sont inoubliables. Notre guide partage ses connaissances avec un grand dynamisme et possède à son actif 20 ans d’expérience. Sa patience est sans limite. Nous observons des plantes médicinales, des perroquets, des toucans et des singes. Nous respirons le poison des grenouilles venimeuses. Nous visitons les rivières Pato Cocha et Caïman Cocha. Les promenade en pirogue sont nombreuses. Nous avons droit à une périlleuse randonnée pédestre durant le jour ainsi qu’a une marche nocturne dans la forêt primaire afin d’observer les insectes. Les tarentules sont au rendez-vous. Il ne faut pas oublier la pêche aux piranhas et les baignades. Je laisse cela aux autres. Un peu avant le coucher du soleil, nous cherchons l’anaconda qui a été aperçu 10 jours plus tôt, mais sans succès. Le soir, nous partons à la recherche des caïmans. Après trois excursions, la chance nous sourit, nous apercevons de très près un énorme caïman noir. Nous avons tout le temps de l’observer. À couper le souffle! Les chauve-souris volent au-dessus de nous et se nourrissent d’insectes. En guise de dépaysement, nous rendons visite à une famille de la communauté de Tarapuy. Une mère de famille de 8 enfants en bas âge nous apprend la préparation du Casabe, un pain traditionnel fait de Yuca (manioc). J’aperçois la première tortue aquatique de la région, mais la carapace est vide. Trois autres dépecées traînent près de la cabane. La tortue d’eau douce est une source d’alimentation importante pour les indigènes. Les charmes de l’Amazonie sont un vrai mystère et suscite le goût de découvrir davantage.
| Espèces observées : Gecko nain d’Amazonie, grenouille venimeuse spot legged, serpent venimeux fer-de-lance, spectacled caïman, fourmi burchells army, fourmi dart leafcutter, singe capucin, singe hurleur rouge, singe mont saki, singe commun squirred, vache marine, anhinga d’Amérique, ani des palétuviers, ara rouge, caïque maïpourri, calliste de Schrank, canard musqué, cassique cue-jaune, cassique roussâtre, coracine à col nu, engoulevent pauraqué, geai violacé, grand martin pêcheur, héron cocoi, héron strié, hirondelle à ceinture blanche, hoatzin huppé, manakin nain, merle à ventre fauve, onoré rayé, paroare rougecap, pic de Malherbe, pic à chevron d’or, savacou huppé, toucan à bec rouge, toucan vitellin, tyran quiquivi, urubu noir. |
Le Parc national de Cotopaxi compte parmi les volcans actifs les plus élevés au monde (5897 mètres d’altitude). Je m’y suis rendue en groupe. Nous sommes allés jusqu’au refuge situé à 4800 mètres d’altitude. Malheureusement, nous n’avons pas la chance d’apercevoir le condor souvent présent dans la région. C’est un bon exercice cardio-vasculaire et tout un défi à relever.
L’Équateur possède une faune variée et unique. Comment un pays si petit peut-il contenir autant de richesses?
Merci à Denis Vaillancourt qui corrige mes articles depuis les tous débuts.
Annie Tellier
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