Volume 29 - numéro 5 - Décembre 2001, janvier et février 2002

Le Harfang des neiges

Par Huguette Longpré

L'hiver est à nos portes et le Harfang des neiges aussi. Il arrive habituellement au sud du Québec dans notre région dès le mois d'octobre et y demeure jusqu'à la mi-avril. Il arrive d'où? De la toundra de l'Arctique, là où il niche.

Comment se passe la saison des amours?

Pendant la pariade, les mâles non accouplés volent lentement pendant longtemps à la recherche d'une femelle, émettant à intervalles réguliers un cri retentissant, auquel répondent les femelles réceptives. La partie la plus spectaculaire de la pariade nuptiale est une séquence aérienne exécutée par le mâle, qui plane en gardant les ailes en « V » et qui, de temps à autre, bat rapidement et silencieusement des ailes, à la manière des papillons de nuit. Il se pose ensuite près de la femelle, souvent avec un lemming dans le bec; les ailes partiellement étendues, les poignets pointant vers le haut, il marche et pivote devant elle. L'oiseau peut répéter ce manège lorsqu'il se déplace d'un perchoir à un autre.

Où niche-t-il?

Le Harfang des neiges niche dans les régions arctiques de l'Amérique du Nord et de l'Eurasie.

L'emplacement du nid, habituellement au sommet de gros rochers ou de tertres, est choisi de façon à fournir un poste d'observation qui permette de surveiller les environs. Cependant, le nid est parfois construit sur une rive de gravier ou un marécage côtier. Il consiste en une dépression peu profonde, généralement nue, mais parfois tapissée de plumes, de mousse ou d'herbe, aménagée par la femelle seule. Les deux parents participent activement à la défense du nid, simulant parfois «une aile cassée» pour éloigner un prédateur. Si ce dernier persiste, il risque d'être attaqué à la tête par le harfang, toutes serres déployées et à grands coups de bec. La femelle s'occupe seule de l'incubation des œufs puis de l’alimentation des jeunes au nid, tandis que le mâle chasse et lui apporte la nourriture. La taille de la couvée varie considérablement en fonction des fluctuations dans l'abondance de la nourriture selon l'endroit ou la période; une couvée peut compter jusqu'à 14 œufs les années où les lemmings, qui constituent la nourriture de base de l'espèce, sont abondants. Les années où la population de lemmings est au plus bas de son cycle, les harfangs ne nichent pas ou encore, ils nichent ailleurs. Après l'éclosion, la femelle s'occupe des jeunes au nid pendant quelques jours, puis ces derniers quittent le nid et se dispersent pour se mettre à l'abri à peu de distance, dans la végétation et les rochers. Selon Parmelee (1992), ils demeurent au nid généralement de 14 à 26 jours. Ensuite, ils sont nourris par le mâle; ce dernier continue à apporter de la nourriture à la femelle qui incube les œufs non éclos ou s'occupe des plus jeunes au nid. Les jeunes prennent leur envol à l'âge d'environ 50 jours et, dès qu'ils atteignent l'âge de 60 jours, ils chassent seuls. La famille tend à rester plus ou moins unie jusqu'à la fin de l'été, au moment où les jeunes commencent à se disperser.

Que mange-t-il?

Le Harfang des neiges se nourrit presque exclusivement de lemmings, mais il chasse aussi des souris, des rats, des lièvres, des spermophiles ainsi que des oiseaux tels que des canards, de jeunes oies, des perdrix, des corneilles, des corbeaux et des lagopèdes. Il lui arrive même de pêcher pour s'alimenter.

Comment chasse-t-il?

Les Harfangs des neiges ont des caractères morphologiques particuliers. Entre autres, les cellules réceptrices de la rétine sont largement constituées de bâtonnets photosensibles. Leur nombre particulièrement élevé leur permet, comme à tous les hiboux et chouettes, non seulement de voir dans l'obscurité, mais aussi de distinguer avec précision, en tout temps, les mouvements perçus à grande distance. Il n'y a qu'à penser qu'un Harfang des neiges peut détecter une souris qui se déplace à un kilomètre de distance!

De plus, leurs yeux volumineux, placés devant la tête, leur procure une vision stéréoscopique, donc une meilleure évaluation des distances. Une telle disposition restreint le champ de vision, mais ce désavantage potentiel est compensé par le fait qu'ils peuvent faire pivoter la tête en décrivant un tour presque complet.

L'ouïe joue également un rôle important dans la localisation des proies. Composés d'un agencement complexe de plumes, les disques qui entourent les yeux servent à diriger les sons vers les oreilles, situées sous ces disques. Chez certaines espèces, y compris le Harfang des neiges, la forme des pavillons et la position de l'orifice du conduit auditif sont d'une asymétrie prononcée. On croit que cette particularité permet aux oiseaux de localiser avec précision la provenance des sons captés et ainsi de déterminer la position exacte de la proie entendue.

Enfin, le plumage souple et duveteux rend le vol des hiboux et des chouettes particulièrement silencieux, ce qui leur permet de surprendre plus facilement leurs proies. Sans compter que le bord d'attaque des rémiges est pourvu d'une frange denticulée qui diminue la résistance de l'air et par le fait même le bruit des battements d'ailes.

Il est beau, il est grand, il est silencieux et il est l'emblème aviaire de notre province. Nous sommes toujours fiers de le trouver et de l'admirer dans la blancheur de nos hivers.

Fiche signalétique

Nombre d'oeufs: généralement. 5-9 (3-14)
Fréquence de la ponte: 1 oeuf par 2 jours.
Durée de l'incubation: 30-37 jours
Dépendance des jeunes: 5-7 semaines après la sortie du nid
Nombre de couvées par année: 1
Âge à la reproduction probablement plus de 2 ans
Type d'accouplement: monogamie
Durée du couple: généralement 1 saison
Longévité record: 17 ans

Mesures

 

Mâle

Femelle

Longueur totale

53,1 - 70,7 cm

63,0 - 76,7 cm

Envergure

157,7 cm

164,4 cm

Masse

1 612,9 g

1 706,7 g

Noter que la femelle est plus lourde et plus grande que le mâle, tout comme chez d'autres oiseaux de proie. Une différence importante puisqu'on a mesuré qu'en moyenne les femelles avaient un poids supérieur de 30% et que leur longueur et leur envergure étaient respectivement plus grande de 12% et 8%.

Mâle ou femelle? Adulte ou jeune?

Mâle adulte

Tout blanc ou
Barres fines et peu nombreuses

Femelle adulte

Modérément barrée
Grande taille

Jeune mâle

Tache noire aux rémiges secondaires
Sous-caudales blanches
Arrière de la tête blanc ou légèrement barré
Bavette plus étendue ( + de 4 cm )

Jeune femelle

Tache noire aux rémiges secondaires
Sous-caudales marquées de barres
Arrière de la tête barrée
Bavette moins étendue ( - de 4 cm )

Références

  • Gauthier, J. et Aubry, Y. 1995. Les Oiseaux nicheurs du Québec - Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d’ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux et Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec.
  • Paquin,J. et David, N. 1993. Le Harfang des neiges

 Copyright © 1999-2005 Société de biologie de Montréal