|
Voyage au Sénégal du 13 janvier au 3 février 2007 (Texte de Joanne Deschênes et André Chartrand (Photos de Luc Laberge)
|
En janvier dernier, nous sommes partis, un groupe d’amis de la SBM, pour une tournée de trois semaines au Sénégal. Nous nous en sommes mis plein les jumelles, avec plus de 230 espèces d’oiseaux observées, et bien d’autres animaux exotiques. Nous avons aussi pu nous familiariser avec les us et coutumes de certains des groupes ethniques (wolofs, peuls, sérères, toucouleurs, diolas) qui cohabitent dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, observer des paysages allant de la savane à la brousse jusqu’à la forêt luxuriante, mais surtout, rencontrer et fraterniser avec les Sénégalais et les Sénégalaises, des gens chaleureux et hyper-accueillants dès qu’on prend la peine de jaser le moindrement avec eux.
L’arrivée à Dakar, aux environs de minuit, est un choc pour certains. Au sortir de l’aéroport, c’est la cohue. Avec l’aide de la responsable locale de l’expédition, Fatima, et de ses collaborateurs, Amadou et Amina, nous réussissons à nous frayer un chemin jusqu’au minibus où nous attend notre chauffeur, le toujours souriant M. N’Gagne. Heureusement, l’hôtel n’est pas loin.
Le lendemain, premier vrai contact avec Dakar, fourmilière humaine colorée, polluée aussi, aux rues engorgées, aux trottoirs encombrés d’étals de toutes sortes. Nous testons notre patience en allant changer nos billets verts pour des francs CFA.
Nous testerons aussi la résistance de notre colonne vertébrale tout au long du voyage en empruntant différents moyens de transport locaux de la pirogue au 4 x 4 en passant par les calèches sur des pistes sablonneuses et des routes cahoteuses, pour ne pas dire défoncées.
Départ pour Gorée en «chaloupe», c’est-à-dire en traversier. Dans ce site emblématique de la traite des Noirs, aujourd’hui patrimoine de l’humanité, se côtoient maisons coloniales du 18e siècle, terrasses de restaurants croulant sous les bougainvillées multicolores et vestiges délabrés de l’esclavagisme.
À Noflaye, l’attraction principale est le Village des tortues, dont la vedette est la Sulcata, la plus grosse tortue continentale d’Afrique, menacée de disparition. Ici, des passionnés, soutenus par des programmes européens et sénégalais, s’emploient à assurer sa reproduction. Évasions SBM en a adopté une, qu’on baptisera Marie-Fatima. |
![]() Tortues sillonnées (Sulcata) |
![]() Transport du sel au Lac Rose |
C’est au bien nommé Lac Rose que nous embarquons dans notre première pirogue. Nous assistons à la récolte du sel, qui s’effectue dans des conditions pénibles. Des hommes enduits de beurre de karité, enfoncés jusqu’au cou dans l’eau extrêmement salée, le récoltent à l’aide d’une pioche et d’un panier tressé, et le versent dans une barque. Aux femmes la tâche de le décharger à terre. Nous empruntons la «route des baobabs», un condensé végétal d’exotisme africain à nos yeux de toubabs. Les caméras surchauffent! |
![]() Réserve de Bandia |
![]() Rhinocéros et Piqueboeuf à bec jaune |
![]() Zébus |
|
Autre première à Saint-Louis, ancien comptoir colonial au patrimoine architectural classé par l’Unesco: installés sur des nattes posées à même le sable, nous faisons l’expérience d’un repas typique, le tiéboudienne, consommé à la sénégalaise, c’est-à-dire en pigeant dans un grand plat commun et en faisant des boulettes de riz, légumes et poisson d’UNE SEULE main. Ca ne se rend pas toujours à bon port. Fatima a pitié de nous, et fournit des ustensiles aux plus affamés.
Dans la réserve de Gueumbeul, nous revoyons la tortue Sulcata et avons droit à un accouplement «live» dans toute sa langueur.
D’innombrables pêcheurs s’activent dans des bateaux de pêche aux couleurs vives le long des vastes plages du parc national de la Langue de Barbarie, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Avec le Parc national des oiseaux du Djoudj, tout près de la Mauritanie, nous accédons à un des plus grands sanctuaires d’oiseaux au monde. Sur l’eau, nous pouvons admirer flamants roses et nains, pélicans et un nombre incalculable de canards variés. En ouvrant bien les yeux, on aperçoit aussi de peu engageants crocodiles au bord des marigots. Annie ajoute à l’excitation générale en dénichant notre premier varan du Nil.
![]() Aigrette à gorge blanche |
![]() Rollier d'Abyssinie |
![]() Vauteurs fauves |
|
En route vers le parc, nous avions croisé un groupe de femmes transportant d’imposants fagots de bois en équilibre sur la tête leur combustible pour faire la cuisine. Elles se prêteront de bonne grâce à une séance de photo.
A Savoigne, nous assistons à une messe catholique chantée en wolof, accompagnée de percussions aux rythmes irrésistibles. Nous aurons d’ailleurs à quelques reprises au cours du voyage l’occasion d’assister à d’envoûtants spectacles de danse et de musique aux accents du djembé et de la kora.
Hébergement inusité à l’erg de Lompoul, sorte de mini-désert: nous couchons sous la tente dans un campement maure, planté au milieu de gigantesques dunes orange piquetées de rares taches de verdure.
![]() Campement maure |
![]() Caravane |
Vive impression à Popenguine, où nous rencontrons un groupe de femmes engagées dans la protection de la nature, le reboisement et la lutte contre la pollution, véritable fléau national, dont les sacs de plastique qui parsèment trop d’endroits ne sont qu’un exemple. Les femmes au Sénégal sont vraiment dynamiques. On pourrait parler longuement de tout ce qu’elles font. Plus tard, nous visitons aussi le Jardin des femmes de Fimela, où, à notre plus grand plaisir, des dames au rire contagieux esquisseront à tour de rôle quelques pas de danse typiquement sénégalaise.
Il faudrait aussi mentionner la maternité et le dispensaire de Toubacouta, qui se débrouillent avec de bien maigres ressources, et où notre groupe remettra quelques articles utiles recueillis au Québec.
Dans une école de Karang, nous sommes accueillis par le directeur et son équipe de professeurs, qui s’étonnent d’apprendre que nos classes ne dépassent pas les 30 élèves. Eux se comptent chanceux s’ils n’en ont que 50!
Au fil de l’eau, dans l’estuaire du Saloum, nous apercevons au large deux pirogues remplies de candidats à l’immigration clandestine. Selon notre guide, ils cherchent à atteindre les îles Canaries, un périple dangereux.
En Casamance, où les militaires sont toujours bien visibles, mitraillette en bandoulière, à cause du conflit larvé avec les indépendantistes, nous sommes en pays diola. Les Diolas sont animistes en grande majorité (le Sénégal est principalement musulman, avec une minorité de chrétiens). Notre guide, Adrien, partage avec enthousiasme ses connaissances inépuisables sur la culture, les plantes et leurs nombreux usages médicinaux.
Nous avons l’occasion de goûter au vin de palme, très prisé partout au pays, mais plutôt amer à notre goût. A Enampore, chef-lieu du royaume animiste de Bandial, certaines familles vivent encore dans des cases à impluvium, dont le centre est ouvert pour évacuer la fumée des feux de cuisine, laisser entrer la lumière et recueillir l’eau de pluie grâce à un toit de végétaux en forme d’entonnoir.
De Dakar, il y aura une dernière excursion, aux Iles de la Madeleine, eh oui! où Marguerite aura, de son propre aveu, un orgasme ornithologique en apercevant le nid du phaéton à bec rouge, merveille volante.
Ultime démonstration de la «teranga», l’hospitalité sénégalaise, Fatima nous invite généreusement à prendre le repas d’adieu chez elle, dans sa famille mais vraiment TOUTE sa famille. On s’est donné le mot et on a revêtu nos plus beaux atours sénégalais cette fois, les hommes sont aussi colorés que les femmes!
Quelques petites heures plus tard, nous repartons en direction du la Belle et froide province, où nous attend un écart thermique de 50 degrés!
Nous n’avons pas la prétention d’avoir fait un compte rendu exhaustif de ces trois semaines bien remplies, encore moins d’avoir rendu justice à tous ces guides locaux que nous avons côtoyés et qui nous ont tant appris. Bornons-nous à rappeler la façon d’Amadou, grand amateur de calembours, qui nous a accompagnés pendant une bonne partie du voyage et nous a fait connaître de l’intérieur l’âme et la pensée sénégalaises, ce qui a donné lieu, entre autres, à d’épiques discussions sur les relations hommes-femmes.
Ce n’était que quelques temps forts de ce fascinant et mémorable voyage en terre sénégalaise.
Copyright © 1999 - 2008 - Société de biologie de Montréal